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Crise systémique globale : le monde en passe de sortir définitivement du cadre de référence des soixante dernières années

Publié le 18/05/2009

Le surréalisme financier qui a présidé aux évolutions boursières, aux indicateurs financiers et commentaires politiques de ces deux derniers mois ressemble à l’attitude du médecin au chevet d’un malade en phase terminale.

Le « brouillard statistique » mis en place nous fait douter que le bateau est entrain de couler.
Cette fin de Printemps 2009 semble bien marquer la sortie définitive du référentiel utilisé depuis une soixantaine d'années par les acteurs économiques, financiers et politiques mondiaux pour effectuer leurs prises de décisions, et en particulier de sa version « simplifiée », utilisée massivement depuis la chute du bloc communiste en 1989 (le référentiel étant alors devenu purement américano-centré).

Au-delà de tout aspect théorique, cela signifie concrètement que les indicateurs que chacun a l'habitude d'utiliser pour ses décisions d'investissement, de rentabilité, de localisation, de partenariat, etc… sont devenus obsolètes, et qu'il faut désormais chercher ailleurs les indices pertinents si l’on veut éviter de prendre des décisions désastreuses.

Ce phénomène d'obsolescence s'est accentué fortement depuis quelques mois sous la pression de deux tendances :
D'une part, les tentatives désespérées de sauvetage du système financier mondial, et en particulier des systèmes américain et britannique, ont de facto « brisé les instruments de navigation » du fait des manipulations en tout genre effectuées par les établissements financiers eux-mêmes et par les Etats et banques centrales concernées. Parmi ces indicateurs affolés et affolants, les bourses sont le meilleur exemple.
D'autre part, les quantités astronomiques de liquidités injectées en une année dans le système financier mondial, et en particulier dans le système financier américain, ont conduit l'ensemble des acteurs financiers et politiques à une perte totale de contact avec la réalité.

On peut d'ailleurs constater que le système international auquel nous sommes habitués voit se multiplier les évènements ou les tendances qui sortent de cadres de référence multi-séculaires, prouvant à quel point cette crise est d'une nature sans équivalent dans l'histoire moderne :
En 2009, le taux d'intérêt de la Banque d'Angleterre a atteint son plus bas niveau depuis la création de cette vénérable institution (0,5%), soit depuis 1694 (en 315 ans).
En 2008, la Caisse des Dépôts et Consignations, bras financier de l'état français depuis 1816 sous tous les régimes, a connu sa première perte annuelle (en 193 ans).
En Avril 2009, la Chine est devenu le premier partenaire commercial du Brésil, une position qui depuis des siècles anticipe fidèlement les ruptures majeures de leadership mondial.
C'est en fait la multiplication de pays et de zones concernés qui est symptomatique de cette sortie de référentiel global : s'il y avait un seul pays concerné ou un seul secteur touché, il ne s'agirait que d'une période hors norme pour le pays ou le secteur considéré ; mais aujourd'hui, ce sont de nombreux pays, au coeur du système international, et une multitude de secteurs économiques et financiers qui sont affectés simultanément, par cette « sortie de route multi-séculaire ».

Bien entendu, chacun est libre de penser que la variation mensuelle de quelques points, en plus ou en moins, de tel ou tel indicateur économique ou financier, lui-même largement affecté par les interventions multiples des pouvoirs publics et des banques, est beaucoup plus porteuse de sens et d'information sur l'évolution de la crise actuelle, que ces sorties de référentiels multi-séculaires. Chacun est aussi libre de croire que ceux qui n'avaient prévu ni la crise ni son intensité sont aujourd'hui en mesure d’en connaître précisément la date de fin.

il est essentiel de s’accrocher au réel, en s'attachant uniquement aux indicateurs et informations provenant, d'une part, des activités économiques (et non pas des activités financières), et, d'autre part, des opérateurs économiques eux-mêmes (et non pas des gouvernements ou des lobbies).

En effet, le changement de référentiel en cours, lié aux formidables manipulations de l'ensemble de la sphère financière depuis une année, a fait perdre toute fiabilité aux indicateurs financiers et aux indicateurs censés évaluer l'état des acteurs du monde de la finance. Un bon exemple de manipulation d'opérations de contrôle est fourni par le « stress test » des banques américaines ou celui à venir des banques européennes. L'objectif était de faire croire que tout allait presque pour le mieux et, sans rougir de l'évidente manipulation, c'est la conclusion qui en a été tirée sans pour autant convaincre personne d’ailleurs.
Mais, au-delà des indicateurs financiers, les états triturent de plus en plus les chiffres officiels du chômage. La réalité est toute autre, l'ampleur et la rapidité de la montée du chômage ont construit une vague immense, destructrice de consommation, d'investissement, d'emplois qui ne va commencer à se faire sentir aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, dans la zone Euro, au Japon et en Chine qu'à partir de l'été 2009. Cette fois-ci, le chômage ne sera plus un indicateur attardé, mais bien un indicateur avancé car il génère sa propre phase de la crise.

Donc à quels indicateurs se fier dans la crise ?

Suivez les évolutions du commerce international, les résultats ou prévisions des transporteurs et  producteurs dans les secteurs-clés : métallurgie, électronique, matières premières,…
Ne vous attardez pas trop sur les services car ils ont une tendance naturelle à être difficilement quantifiables en dehors des résultats d'exercice. Or, et c'est l'une des réalités de ces derniers mois, un grand nombre d'entreprises, notamment aux Etats-Unis, ont essentiellement diminué leurs coûts pour essayer de faire bonne figure.
Sans ces réductions de coûts, elles auraient eu des résultats bien pires. Attendez-vous à les voir arriver dans les mois à venir.

Dernier indicateur à toujours garder en-tête : les grands équilibres. Ils permettent d'anticiper le sens des évolutions. Par exemple, lestimation de la richesse mondiale en termes d'actifs. Si on met ces chiffres en parallèle avec celui des « actifs-fantômes », 30.000 milliards USD, on constate que la crise en cours va supprimer purement et simplement environ 30% de la valeur des actifs du monde entier. Comme les estimations actuelles indiquent qu'au maximum 10.000 milliards d'actifs se sont envolés en fumée, on peut en déduire que nous ne sommes qu'au premier tiers de la crise.

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