La récession s'est brutalement aggravée au premier trimestre au Royaume-Uni
Publié le 28/04/2009
L’économie subissant sa plus grave contraction depuis le troisième trimestre 1979. Le Produit Intérieur Brut (PIB) du pays s'est replié de 1.9% par rapport au trimestre précédent et de 4.1% sur un an. Qui plus est, ce troisième repli trimestriel consécutif du PIB met en exergue l'accélération dramatique de la crise depuis la mi-2008.
Cette dégradation résulte principalement d'une accentuation de la chute de l'activité dans le secteur des services, qui représente les trois quarts du PIB, alors que l'industrie se stabilise en zone pourpre.
Les chiffres du PIB ont fait l'effet d'une pluie acide. Ils ont en tout cas discrédité les projections exagérément optimistes du gouvernement. Mercredi dernier, le ministre des Finances, Alistair Darling, a dit tabler sur un repli de 3.5% du PIB en 2009, avant un retour de la croissance en fin d'année et une progression de 1.25% l'an prochain. Il a même affirmé attendre une contraction du PIB au premier trimestre 2009 "d'un montant similaire" au dernier trimestre 2008, bien loin de la brutale aggravation révélée quelques jours plus tard par l'Office Nationale de la Statistique.
N'en déplaise au chancelier de l'Echiquier, la situation devrait malheureusement empirer dans les mois à venir.
Avec un repli du PIB proche de 4% en 2009, suivi d'une croissance proche de 0% l'an prochain, les prévisions de déficit budgétaire de M. Darling suscitent l'inquiétude. La hausse de la dette publique qui en découlera sera historique. Le déficit public devrait atteindre 12% du PIB durant les deux prochaines années, contre 5.6% aujourd'hui, et la dette s'envoler à 79% en 2013-2014, contre 52% actuellement. C'est son niveau le plus élevé en temps de paix. Le déficit public sera financé par une forte hausse des émissions obligataires. Mercredi, le Debt Management Office, l'agence chargée d'émettre la dette de l'Etat britannique, a révisé à la hausse son programme d'émission. Il prévoit d'emprunter 220 milliards de livres en bons du Trésor cette année, soit l'équivalent de 244 milliards d'euros, contre 148 milliards de livres initialement prévus. A titre de comparaison, le Trésor britannique a émis 147 milliards de livres de titres l'an dernier et la France, dont la taille de l'économie est comparable, a prévu d'en émettre pour l'équivalent de 140 milliards de livres en 2009. Les émissions ne s'arrêteront pas là. Au cours des quatre prochaines années, le gouvernement devrait être contraint d'émettre quelque 815 milliards de livres de bons du Trésor.
De son côté, pour lutter contre le manque de liquidités interbancaires et le risque de déflation, la Banque d'Angleterre est forcée de muscler son programme d'assouplissement quantitatif en accroissant fortement la masse monétaire en circulation. Voilà de quoi nourrir les craintes des économistes et des investisseurs sur la note de crédit du Royaume-Uni. Actuellement fixée au maximum, les agences de notation pourraient retirer au pays la notation financière triple A (AAA) qui lui permet encore d'emprunter sur les marchés à des coûts raisonnables. Preuve du vent de panique qui passe sur les marchés obligataires, le gouvernement a dû démentir les spéculations sur un appel à l'aide du FMI, comme dans les années 1970. Pour éviter que ses futures émissions ne soient boudées par les investisseurs, comme ce fut le cas fin mars, le Trésor a procédé à des ajustements. Il a notamment mis en place une option permettant de souscrire après l'émission. Quant à la Banque d'Angleterre, pour ajouter de l'eau au moulin, elle pourrait décider lors de sa prochaine réunion de mettre en place de nouvelles règles de liquidité pour les banques, générant artificiellement des milliards de livres de demande pour les emprunts d'Etat britanniques. Tout l'enjeu est d'éviter une envolée non-contrôlée des rendements obligataires.
A plus long terme, pour réduire cette montagne de dettes, le Chancelier et son successeur devront annoncer soit une monétisation de cette dette, via une dépréciation additionnelle de la livre sterling, soit des mesures d'austérité budgétaires. Le relèvement du taux marginal d'imposition de 40% à 50% a d'ores et déjà été annoncé. Il entrerait en vigueur en 2010. Face au dollar, la livre a perdu 2.83% depuis le 15 avril. Face à l'euro, les 10 derniers jours se sont soldés par un repli de 2.08%, à 0.90 livre pour 1 euro.


