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G20 or not G20 that is the question !!!

Publié le 16/04/2009

Le G20 s’est terminé sur une belle annonce de belles intentions, mais force est de constater, politique géostratéconomique oblige, qu'aucune ligne directrice commune n’est sortie de cette réunion ; et qu'aucune mesure annoncée ne peut réellement faire l'objet d'une mise en oeuvre sérieuse à court ou moyen terme.
Pourtant une chose devient de plus en plus certaine : les Etats-Unis s'enfoncent chaque jour un peu plus dans une dépression sans équivalent.

Il faut d’ailleurs remarquer que personne ne semble s'être inquiété du fait que si le G20 souhaite augmenter de 750 milliards USD les réserves du FMI, c'est peut-être parce qu'il compte les utilise et que donc que de nombreux Etats sont susceptibles de sombrer dans la cessation de paiement dans les mois à venir et que l'économie mondiale va continuer de s'enfoncer dans la crise.

Cerise sur le gâteau, la lutte contre les paradis fiscaux s'est quant à elle transformée en farce quand, une semaine après sa parution, la liste noire de l'OCDE censée servir de référence s'est retrouvée vierge car tous « les paradis » avaient promis de se soumettre aux réglementations. Et, comme de bien entendu, nous sommes censés croire à cette fable.

Ajoutons que la fameuse réglementation financière internationale n’a rien définie de précis concernant la rémunération des dirigeants d'établissements financiers, la transparence des hedge funds, pour ne parler que d’eux.
Nous pouvons dés lors craindre que le résultat puisse être que chaque région ou acteur principal risque d’accroître ses propres contraintes réglementaires, accélérant le processus de dislocation mondiale.

Une crise monétaire internationale, la cessation de paiement des USA, une crise du Dollar ; cela parait fou et pourtant que de signes avant coureurs !!!! :
Un américain sur deux se dit à seulement deux mois de salaire de la ruine ; aggravation des violences urbaines et des tueries ; aggravation de la récession économique déjà bien sensible ; un déficit public désormais totalement hors de contrôle sur fond d'explosion des dépenses (+ 41%) et d'effondrement des recettes fiscales (-28%) ; pour le seul mois de Mars 2009, le déficit fédéral s'est monté à près de 200 Milliards USD ; et le même phénomène se répète à tous les niveaux de la structure publique du pays : état fédéral, états fédérés, comtés, villes ; partout les recettes fiscales s'évanouissent entraînant de manière accélérée l'ensemble du pays dans une spirale déficitaire que personne ne maîtrise plus.

Cette cessation de paiement pourra prendre plusieurs formes selon son degré d'anticipation par les autorités américaines et les principaux créanciers des Etats-Unis :
Une intervention du FMI mettant sous tutelle le budget fédéral ; le remplacement des émissions de Bons du Trésor US en Dollars par des émissions de Bons du Trésor US libellés en Euro, Yen ou Yuan ; la dévaluation brutale du Dollar US de plus de 50% par rapport aux principales monnaies mondiales, afin de permettre au gouvernement américain de financer le budget fédéral et ses obligations financières internationales.

Un début de solution pour une ouverture sur un nouveau monde a pourtant été proposé. En effet, un grand nombre de membres du G20 soutiennent expressément l'idée du passage rapide à l'ère post-Dollar, notamment la Russie, l'Inde, l'Afrique du Sud, l'Argentine, le Brésil, Pékin. La Chine semble soutenue par une partie importante de l'Amérique latine, de l'Afrique et de l’Asie. D'ailleurs la mise en place des accords de Swap en Yuan avec plusieurs de ces pays prépare déjà le terrain.

Dans cette éventualité, les Européens ont une responsabilité majeure si, dans la brève fenêtre temporelle qui reste, aucune action majeure n'est entreprise pour éviter la crise longue et tragique qui durera plus d'une décennie. Ils possèdent à la fois le savoir-faire technique pour aider au succès d'une devise internationale fondée sur un panier des principales monnaies et une méthode politique qui permet de gérer au mieux les intérêts stratégiques divers d'un ensemble de pays comme ceux dont la monnaie serait derrière la nouvelle devise internationale de référence.

Pour le moment, Washington refuse d'entendre parler du remplacement du Dollar US comme devise de réserve mondiale et croit aux propos rassurants des experts sur le sujet pour se rassurer sur l'avenir.

Les Européens (hors Royaume-Uni) sont égaux à eux-mêmes et donc incapables de prendre une décision réellement forte par rapport à leur ancien protecteur américain. Alors ils font avec succès de la résistance pour ne plus suivre les directives de Washington ; mais ils sont incapables de mettre sur la table les questions qui fâchent les Etats-Unis. En revanche, par leurs multiples canaux, et de par leur nature structurellement multilatéralisme, il est tout aussi évident que, une fois l'ère post-Dollar devenu clairement irréversible, ils apporteront savoir-faire et lobbying pour pousser vers une devise internationale nouvelle, indépendante d'un Etat particulier.

Bien entendu, mastodonte oblige, la Chine est le pivot de cette stratégie de basculement, ou d’évasion dollar. Comment va-t-elle opérer : passera-t-elle par les fourches caudines de Washington tout en essayant d'accroître son influence sur les décisions américaines ? Tentera-t-elle de se débarrasser des Bons du Trésor et des Dollars US au meilleur prix tant qu'une telle opération est possible, avant de se lancer dans cette « évasion » du Dollar, c'est-à-dire, en évitant le plus longtemps possible de créer des turbulences risquant de faire baisser significativement les valeurs de ces deux actifs ?

Que nous montrent les faits : depuis la fin 2008, les autorités chinoises ont entrepris de vendre chaque mois de 50 à 100 milliards de leurs actifs libellés en Dollars US. Profitant des prix historiquement bas de nombreux actifs nécessaires à l'économie chinoise (mines, espaces agricoles, énergie, parts d'entreprises européennes ou asiatiques – pas américaines ce qui n'est pas un détail), Pékin fait son shopping, respectant ainsi sa contrainte première : valoriser au mieux ses actifs libellés en Dollars, c'est-à-dire, s'en débarrasser en les échangeant contre d'autres classes d'actifs, indépendantes des Etats-Unis, et permettant d'avancer rapidement sur le chemin de l’évasion dollar.
Pour ce qui est des Bons du Trésor des Etats-Unis, la Chine, qui n'en achète plus beaucoup désormais (le montant des achats a baissé de 146 milliards USD au premier trimestre 2009 par rapport à la même période l'année dernière, représentant un accroissement de seulement 7,7 milliards USD), n'achète dorénavant plus que des Bons à court terme (trois mois).
Entre la quasi-cessation de ses nouveaux achats de Bons du Trésor et ses courses mondiales qui semblent évoluer à un rythme croissant dépassant les 50 milliards USD/mois (en intégrant les accords de Swap), entre la fin 2008 et la fin de l'été 2009, la Chine aura donc écoulé près de 600 milliards de ses réserves libellées en Dollars US ; et elle aura refusé d'acheter un montant compris entre 500 et 1.000 milliards de nouveaux Bons du Trésor US que l'administration Obama commence à essayer de placer sur les marchés internationaux pour financer les gigantesques déficits publics.

Comme d’habitude, les faits sont têtus et si l’on additionne ces deux sommes pour évaluer l'impact de Pékin sur l'ère Dollar à la fin de l'année fiscale américaine, on pourrait être obligé de constater qu’à elle seule, la Chine représentera un « trou » allant de 1.100 à 1.600 milliards USD dans les besoins de financement des Etats-Unis. Ben Bernanke va devoir multiplier les Dollars pour tenter d'éviter la banqueroute du pays.

Finalement le G20 a été très positif en permettant de mettre en évidence, non pas des actions incontournables, ce que tout le monde attendait, mais un chemin difficile et douloureux qu’il va falloir parcourir bon gré mal gré. En filigrane, il a surtout montré que sans le dire, fierté oblige et on le comprend, l’état américain se met dans la position d’admettre que son hégémonie économique est terminée et que nous nous dirigeons vers un multilatéralisme économique à construire. Tout cela n’est finalement qu’une conséquence logique et douloureuse de la globalisation.

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