Lorsque dollar pourrait redevenir notre cauchemar !
Publié le 26/05/2009
La monnaie unique européenne a gagné près de 4% contre le billet vert sur la semaine.
L'euro a ainsi atteint la barre de 1.40 dollar, soit un record de quatre mois. Le billet vert enregistre en fait un net recul contre la plupart des devises. La devise américaine souffre d'un environnement économique récessionniste, récemment ravivé par les sombres prévisions économiques publiées par la Réserve Fédérale.
Ceci étant, les craintes d'une dégradation de la notation du crédit de l'Etat fédéral américain nous semblent beaucoup plus préoccupantes. Affublés d'un déficit budgétaire qui devrait atteindre 13% du PIB cette année, les Etats-Unis sont à même de perdre leur note AAA. L'anxiété des marchés a été ravivée par la décision de Standard & Poor's d'abaisser sa perspective pour la note de la dette souveraine britannique. De son côté, Moody's, comme pour jeter de l'huile sur le feu, a annoncé que la note AAA des Etats-Unis était stable mais pas "garantie à jamais". La hausse du rendement des obligations américaines et du prix de l'or ces derniers jours illustrent ces inquiétudes.
Le billet vert chute alors que l'économie américaine sera la première à sortir de cette récession historique, grâce à un policy mix très agressif. La politique budgétaire a, en effet, été très contra-cyclique, notamment via des plans de relance gigantesques. Quant à la politique monétaire, elle a été plus qu'énergique, allant jusqu'à faire tourner la planche à billets. Le résultat de tout cela est que les Etats-Unis d'Amérique vont voir leur déficit budgétaire s'accroître de 13% cette année. Les autorités américaines vont ainsi devoir émettre plus de 2'000 milliards d'obligations en dollars sur l'ensemble de l'année 2009, excusez du peu ! Non seulement la notation de la dette de l'Oncle Sam se détériore mais cela va devenir de plus en plus difficile d'équilibrer la demande à l'offre obligataire.
Preuve s'il en faut, le rendement des obligations d'Etat à 10 ans est passé de 2% à 3.5% entre janvier et mai, alors que les Etats-Unis bénéficient d'un flight to quality depuis le début de la crise et que la Reserve Fédérale est en train d'acheter pour 300 milliards d'obligations à long terme dans le but de freiner l'envolée des taux longs. Les membres du gouvernement, de la Fed et du Trésor vont donc devoir redoubler d'imagination pour rendre les obligations souveraines attractives, sans quoi la hausse des taux pourrait tuer la reprise dans l'oeuf. Il faut notamment continuer de rassurer les autorités chinoises qui détiennent 2/3 de leurs actifs de réserves en dollars et qui commencent à douter du bien-fondé d'une telle stratégie. Pour calmer les tensions et colmater le trou du déficit, les américains sont créatifs. Le Trésor offre par exemple des échéances à 30 ans tous les mois, au lieu de 4 fois par an. Il est également en train de renouer avec les obligations à 3 et 7 ans, précédemment abandonnées, afin de capter l'argent disponible tout le long de la courbe des rendements. Les pourparlers se focalisent aujourd'hui sur la possibilité d'émettre des papiers à 50 ans, bien que rien n'ait encore été approuvé pour l'heure. On comprendra aisément pourquoi : il faut absolument que chaque nouvelle émission soit souscrite intégralement, sous peine de voir des comportements de panique venir compliquer la donne.
Le risque de voir le billet vert chuter est grand. Gardons toujours à l'esprit que la chute de la devise américaine est un problème pour tous les créditeurs, mais en aucun cas pour les américains. Ce serait même un excellent moyen pour eux de relancer leurs exportations et de lutter contre le risque de déflation. Cela viendrait partiellement compenser l'effet dépressif de la hausse inévitable des rendements obligataires. Le perdant n'est pas toujours celui que l'on croit !


