Grèce en crise, euro en berne
Publié le 02/02/2010
L'euro n'en finit plus de chuter face au dollar, perdant plus de 8.5% par rapport à son niveau de 1.5144 enregistré le 25 novembre dernier.
Au mois de décembre 2009, le dollar se renforçait grâce à l'amélioration des perspectives économiques aux Etats-Unis. Le taux de change €/$ avait alors cassé sa moyenne mobile à 52 jours, ouvrant la voie pour une appréciation technique du billet vert jusqu'à 1.3925. La recommandation de prudence s'avère aujourd'hui plus que légitime puisque ce niveau a été atteint et même enfoncé. A l'heure où nous écrivons, la parité entre les deux devises s'établit à 1.3853.
Faut-il craindre une appréciation additionnelle du dollar dans les semaines prochaines ? La réponse semble oui. Le marché des changes est extrêmement volatil et il est possible de s'éloigner durablement de valeur d'équilibre définie par les fondamentaux économiques. Bien que le modèle économétrique plaide toujours pour un euro s'échangeant contre 1.73 dollar d'ici quelques mois, le marché en a décidé autrement.
En sus de l'amélioration conjoncturelle américaine et de la hausse des taux d'intérêt qu'elle implique outre-Atlantique, les investisseurs se focalisent sur l'endettement exorbitant des pays de la Zone Euro, Grèce et Espagne en tête. Le risque de défaut de ces pays sur une partie de leur dette inquiète quant à la survie de la monnaie unique face à une crise majeure. "la devise des Seize n'implosera pas" et l’on se demande quelle information ou désinformation permet au marché de jouer à se faire peur. Dans cette optique, un retour du taux de change €/$ vers son niveau défini par les approches analytiques de Parité des Pouvoirs d'Achat, à 1.25, doit être envisagé.
Pourtant, bien que la tentation d'acheter des dollars soit forte, nous mettons les investisseurs en garde sur les risques qu'ils encourent à spéculer de la sorte… car il s'agit bel et bien de spéculation ! A long terme, les fondamentaux économiques finissent toujours par l'emporter. Or, ils sont clairement en défaveur du dollar. La dette américaine est, elle aussi, à risque et bien plus que celle de la Grèce. De ce point de vue, si les Etats-Unis sont en bien meilleure santé que la Grèce, ils n'ont rien de plus rassurant que l'Espagne ou le Portugal. Les fonds de pension américains ne s'y trompent pas, ils investissent de moins en moins en dollars américains et de plus en plus en devises étrangères, euro en tête. Alors que l'Etat américain va devoir renouveler un tiers de ses obligations cette année, soit près de 2'147 milliards de dollars, les flux de capitaux semblent de plus en plus insuffisants pour répondre à la demande sans créer de tensions sur les taux et sur la devise. Or, les capitaux étrangers sont cruciaux dans le cas américain pour la simple et bonne raison que l'épargne nette des Etats-Unis est négative, oui, oui, négative !
La volatilité des taux de change risque d'être extrême en 2010. Nous recommandons aux investisseurs de rester dans leur devise de référence. Pour ceux qui souhaitent malgré tout spéculer sur les devises, alors nous préférons les positions en euros ou, mieux encore, en francs suisses. Le risque qui pèse sur le dollar à horizon 12 mois n'a pas diminué !


